OBJECTIF : procéder à la refonte de la directive établissant une procédure de demande unique en vue de la délivrance dun permis unique autorisant les ressortissants de pays tiers à résider et à travailler sur le territoire dun État membre et établissant un socle commun de droits pour les travailleurs issus de pays tiers qui résident légalement dans un État membre.
ACTE PROPOSÉ : Directive du Parlement européen et du Conseil.
RÔLE DU PARLEMENT EUROPÉEN : le Parlement européen décide conformément à la procédure législative ordinaire et sur un pied d'égalité avec le Conseil.
CONTEXTE : la grande majorité des migrants arrivent en Europe légalement. En 2019, les États membres de lUnion ont délivré plus de trois millions de premiers titres de séjour à des ressortissants de pays tiers, dont plus dun million à des fins demploi. Selon les statistiques disponibles, sur lensemble des permis délivrés en 2019, 1.172.028 (39%) lont été pour des activités rémunérées, 928.483 (31%) pour des raisons familiales, 395.428 (13%) à des fins déducation et de formation et 368.509 (12%) pour dautres raisons.
Lévaluation de la directive 2011/98/UE sur le permis unique, dans le cadre du bilan de qualité de la législation de lUE relative à la migration régulière adopté en 2019 et du rapport de mise en uvre, a permis de recenser plusieurs écarts concernant le champ dapplication personnel et matériel, des incohérences et des lacunes, ainsi que des problèmes pratiques découlant de lapplication de la directive par les États membres. Au cours des dix années dapplication de la directive, la Commission a reçu plusieurs plaintes concernant sa mise en uvre par les États membres (notamment pour non-respect des délais légaux de délivrance dun permis unique ou pour des problèmes liés à la sécurité sociale).
La présente proposition vise à rationaliser la procédure de demande de permis unique et à la rendre plus efficace. Actuellement, la durée globale des procédures de demande dissuade les employeurs de recruter à létranger. La réduction de cette durée devrait contribuer à accroître lattrait de lUnion et à remédier aux pénuries de main-duvre que cette dernière rencontre. Il importe également de renforcer les garanties et légalité de traitement entre les ressortissants de pays tiers et les citoyens de lUnion, et de mieux protéger les premiers contre lexploitation par le travail.
La proposition fait partie du train de mesures relatives aux compétences et aux talents proposé dans le prolongement de la communication de la Commission sur un nouveau pacte sur la migration et lasile, adoptée le 23 septembre 2020, qui soulignait la nécessité de se pencher sur les principales lacunes de la politique de lUnion en matière de migration légale, dans lobjectif général dattirer les compétences et les talents dont lUnion a besoin. Ce train de mesures prévoit également la refonte de la directive 2003/109/CE relative aux résidents de longue durée.
CONTENU : la Commission propose de mettre à jour la directive «permis unique» afin de rationaliser davantage la procédure de demande de permis de séjour et de travail combiné, et de renforcer les garanties en matière d'égalité de traitement et la protection contre l'exploitation par le travail.
Champ dapplication
Plusieurs modifications de la proposition de refonte visent à clarifier le champ dapplication de la directive 2011/98/UE, et en particulier les exclusions du champ dapplication. Les travailleurs issus de pays tiers et détachés dun autre État membre sont exclus du champ dapplication car ils ne sont pas considérés comme appartenant au marché du travail de lÉtat membre dans lequel ils sont détachés. La directive ne sappliquerait pas non plus aux ressortissants de pays tiers qui ont été admis sur le territoire dun État membre pour travailler en tant que détachés intragroupe ou en tant que travailleurs saisonniers.
La proposition étend le champ dapplication personnel de la directive aux personnes bénéficiaires dune protection conformément au droit national qui, à lheure actuelle, ne sont pas entièrement couvertes par les dispositions relatives à légalité de traitement.
Procédure de demande unique
La proposition de refonte dispose que les États membres devraient permettre quune demande de permis unique soit introduite aussi bien dans lÉtat membre de destination quà partir dun pays tiers, et impose aux États membres de délivrer le visa requis lorsque les exigences définies par le droit de lUnion ou par le droit national sont remplies.
En outre, le délai de quatre mois prévu pour l'adoption d'une décision devrait également inclure la délivrance du visa d'entrée requis et le temps nécessaire à la réalisation d'une enquête sur le marché du travail avant de statuer sur une demande de permis unique.
Droits conférés par le permis unique
Sur la base des modifications proposées, le permis unique donnerait aux ressortissants de pays tiers le droit de changer demployeur pendant sa période de validité. Les États membres devraient pouvoir exiger den être informés et être en mesure de vérifier la situation sur le marché du travail en cas de changement demployeur.
Les États membres qui retirent un permis unique à la suite dune perte demploi devraient autoriser les travailleurs issus de pays tiers à rester sur leur territoire pendant au moins trois mois au cours de la durée de validité du permis, au cas où un titulaire de permis unique perdrait son emploi.
Égalité de traitement
Les modifications proposées précisent que légalité de traitement sappliquera à laccès au logement privé et que les éventuelles restrictions instituées par les États membres ne pourront concerner que laccès au logement public. Elles clarifient les dispositions en ce qui concerne laccès à la couverture sociale, et précisent que les ressortissants de pays tiers qui sont autorisés à travailler en vertu dun visa auraient droit aux prestations familiales sils travaillent dans lÉtat membre concerné pendant une période supérieure à six mois.
Suivi, évaluation des risques, inspection et sanctions et simplification du dépôt des plaintes
Les États membres devraient prévoir des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives contre les employeurs en cas de manquement aux dispositions nationales adoptées conformément à la directive, notamment en ce qui concerne les conditions de travail, la liberté dassociation et daffiliation et laccès aux prestations de sécurité sociale. Ces mesures devraient inclure des mesures de contrôle, dévaluation des risques et, sil y a lieu, dinspection.
Pour mieux faire respecter la directive, des mécanismes de plaintes seraient mis en place. Ils devraient être ouverts non seulement aux titulaires dun permis unique, mais aussi aux tiers qui, conformément aux critères établis par le droit national, ont un intérêt légitime à veiller au respect de la directive.