Le Parlement européen a adopté par 437 voix pour, 94 contre et 39 abstentions, une résolution sur la protection des intérêts financiers de lUnion européenne - lutte contre la fraude - rapport annuel 2020.
Le rapport annuel sur la protection des intérêts financiers de lUnion européenne et la lutte contre la fraude en 2020 (rapport PIF) met en évidence les risques liés à la pandémie de COVID-19, tant en termes de recettes que de dépenses. En effet, la COVID-19 est susceptible doffrir de nouvelles opportunités aux fraudeurs, en raison des risques accrus liés à la gestion de la crise et à lintroduction de procédures simplifiées et durgence dans le contexte de la pandémie. Les députés ont invité lensemble des États membres à continuer de soumettre les dépenses durgence à un niveau élevé de contrôle et de suivi.
Le Parlement a également rappelé que, au titre du nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027, associé au plan de relance NextGenerationEU, lUnion se voit attribuer des ressources financières dun montant sans précédent de 1,8 billion deuros. Un niveau dattention et de contrôle sans précédent est nécessaire pour garantir que ces fonds puissent contribuer au mieux aux objectifs communs de lUnion.
Irrégularités frauduleuses et non frauduleuses détectées
Le nombre total dirrégularités frauduleuses et non frauduleuses signalées en 2020 sélevait à 11.755 au total, pour une valeur denviron 1,46 milliard deuros. Le nombre dirrégularités frauduleuses détectées varie considérablement dun État membre à lautre. Le Parlement sest dit préoccupé par la diversité des approches adoptées par les États membres en matière de droit pénal pour protéger le budget de lUnion. Il a exhorté la Commission à remédier à ces incohérences entre les pratiques des États membres et à envisager lintroduction de nouvelles mesures dharmonisation.
La fraude exerce un attrait croissant sur la criminalité organisée. Les députés ont regretté que de nombreux États membres ne disposent pas dune législation spécifique permettant de lutter efficacement contre la criminalité organisée, notamment de type mafieux. Ils ont souligné la nécessité dun cadre anticorruption global et performant dans les États membres pour lutter contre les infractions commises par des fonctionnaires dÉtat.
Recettes - fraude aux ressources propres
En 2020, 451 irrégularités ont été signalées en tant que fraude liée aux recettes, soit 9% de moins que la moyenne des cas signalés par an pour la période 2016-2020. Les chaussures, les textiles, les véhicules, ainsi que les machines et équipements électriques étaient les types de marchandises les plus touchés par la fraude et les irrégularités. La plupart des cas concernaient la sous-évaluation, le classement erroné ou la mauvaise description des marchandises ou la contrebande.
Selon le rapport relatif à lécart de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 2021, lécart de TVA sest réduit en 2019 pour sétablir à 134 milliards deuros en termes nominaux (soit une diminution de près de 6,6 milliards deuros par rapport à 2018).
Le Parlement a invité les États membres à évaluer les risques et les lacunes de leur stratégie nationale de contrôle douanier respective et a demandé à la Commission daider les États membres à veiller à la mise en uvre de contrôles uniformes au sein de lUnion. Ces cinq dernières années, le taux annuel de recouvrement a varié entre 52% et 71%. Le taux de recouvrement pour les cas signalés en 2020 est actuellement denviron 71%
Fraude aux dépenses
605 irrégularités de dépenses ont été signalées comme frauduleuses en 2020, pour une valeur financière connexe de 266 millions deuros.
Au cours de la période 2016-2020, la détection de la fraude dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) a été concentrée dans un petit nombre dÉtats membres. La majorité des irrégularités frauduleuses relatives au soutien à lagriculture concernaient lutilisation de faux documents ou de fausses demandes daide. Le Parlement sest inquiété du fait que le signalement de fraude liée au développement rural pour la période 2014-2020 a connu un démarrage lent, ce qui pourrait indiquer que les efforts en matière de détection dans les États membres de lUnion sont insuffisants.
Entre 2016 et 2020, le nombre dirrégularités signalées concernant le Fonds de cohésion, le Fonds européen de développement régional, le Fonds social européen et le Fonds pour la pêche pour la période de programmation 2014-2020 a augmenté. Les députés soulignent toutefois que, pour tous les fonds, en ce qui concerne les irrégularités non frauduleuses, cette augmentation a été limitée, ce qui met en évidence une baisse exceptionnelle du nombre dirrégularités détectées par rapport à la période de programmation précédente.
Dimension externe de la protection des intérêts financiers de lUnion
Les députés sont davis que les institutions et organes de lUnion devraient mettre davantage laccent sur les fonds dépensés dans les pays tiers afin de vérifier que ces fonds sont dépensés conformément aux règles et sans fraude ni corruption. Ils ont recommandé la suspension de lappui budgétaire dans les pays tiers où les autorités ne prennent manifestement pas de mesures véritables pour lutter contre la corruption généralisée. Ils ont plaidé en faveur dune surveillance des risques de corruption associés à des projets de construction et dinvestissement de grande envergure entrepris par des pays tiers autoritaires dans des États membres.
Numérisation au service de la protection des intérêts financiers de lUnion européenne
Le Parlement a plaidé pour un degré accru de numérisation, linteropérabilité des systèmes de données comparables et lharmonisation des rapports, du suivi et de laudit dans lUnion. Il a invité la Commission à étudier la possibilité dutiliser lIA au service de la protection des intérêts financiers de lUnion. Les députés estiment que lutilisation de loutil de notation des risques ARACHNE dans le CFP 2021-2027 et le plan de relance NextGenerationEU, notamment en ce qui concerne la mise en uvre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), devrait être rendue obligatoire dans les meilleurs délais. La Commission est invitée à étendre le champ dapplication dEDES aux fonds en gestion partagée dans le contexte de sa proposition de révision du règlement financier.
OLAF et Parquet européen
Les députés sinquiètent de la baisse du taux de mise en accusation, qui est passé de 53% au cours de la période 2007-2014 à 37% au cours de la période 2016-2020 dans les affaires soumises aux États membres par lOLAF. Ils ont invité les autorités des États membres à coopérer étroitement avec lOLAF et à ouvrir des affaires pénales chaque fois quelles sont nécessaires pour garantir le recouvrement des fonds de lUnion utilisés à mauvais escient.
Le Parlement a salué le fait que le Parquet européen ait ouvert 576 enquêtes depuis sa mise en place et quil ait réclamé la saisie dun total de 154,3 millions deuros, dont 147 millions deuros pour lesquels la saisie a été accordée. Il sinquiète de lestimation du Parquet européen selon laquelle le montant total des dommages causés par la fraude et la corruption sélève à 5,4 milliards deuros. Il a pressé les États membres qui ne participent pas au Parquet européen de signer des accords de coopération avec ce dernier.
État de droit et lutte contre la corruption
Le Parlement est davis quil est grand temps pour la Commission de remplir sa mission de «gardienne des traités» et de lutter contre les violations persistantes des principes de létat de droit dans plusieurs États membres, en particulier la Pologne et la Hongrie, étant donné que ces violations représentent un grave danger pour les intérêts financiers de lUnion.
Les députés ont rappelé que le respect de létat de droit est une condition préalable à laccès aux fonds, que le mécanisme de conditionnalité liée à létat de droit est pleinement applicable à la FRR et quaucune mesure contraire aux valeurs de lUnion consacrées par larticle 2 du traité UE ne saurait faire lobjet dun financement au titre de la FRR. Ils ont insisté pour quaucun paiement ne soit versé à la Pologne au titre de la FRR tant que ce pays naura pas pleinement mis en uvre lensemble des arrêts pertinents de la CJUE et de la Cour européenne des droits de lhomme, et tant que ses autorités nationales nauront pas reconnu la primauté du droit de lUnion.